Aux États-Unis, la (collection) pilule Moschino passe mal

Une « collection capsule » qui porte bien son nom.

Le terme de « collection capsule » désigne une ligne de prêt-à-porter dessinée par un créateur, invité pour l’occasion par une marque. Depuis l’incursion de Karl Lagerfeld chez H&M, en 2004, et de tous ceux qui ont suivi cette voie, l’expression a rejoint la novlangue du milieu de la mode.

Le 22 septembre, à Milan, l’Américain Jeremy Scott, directeur de la création de Moschino, a pourtant pris le concept au pied de la lettre. Le styliste de 41 ans, qui a déjà signé des lignes inspirées de Barbie ou de l’esthétique McDonald’s, a fait défiler des mannequins habillés de robes imprimées de motifs de pilules, portant des étuis pour iPhone conçus comme des boîtes de médicaments, un sac sur lequel est collée une tablette de cachets, et un tee-shirt marqué du slogan « Just Say MoschiNO », référence au « Just Say No » que Nancy Reagan martelait à la jeunesse américaine au sujet de la drogue dans les années 1980. Mais l’idée n’a pas été appréciée de tous.

UP N DA KLUB @imaanhammam 📹 #JUSTSAYMOSCHINO

Une vidéo publiée par Jeremy Scott (@itsjeremyscott) le 23 Sept. 2016 à 17h50 PDT

On ne rigole pas avec la drogue

« Vous ne semblez pas être au courant que notre pays connaît un grave problème d’addiction aux opioïdes et de morts par overdose, un problème reconnu par le gouvernement fédéral comme la pire épidémie de drogue dans l’histoire des États-Unis. » C’est ainsi que démarre la pétition lancée le 4 octobre par Randy Anderson, sur la plateforme Change.org. Ce militant antidrogue de Minneapolis, lui-même ancien toxicomane, souligne également que 47 055 personnes sont mortes d’une overdose en 2014, et qu’il s’agit de la principale cause de mort accidentelle aux États-Unis. Randy Anderson y appelle au boycott de Moschino mais aussi à celui du magasin Saks Fifth Avenue qui commercialise la collection.

Face au mécontentement des clients, la chaîne américaine Nordstrom a préféré retirer les produits de la collection capsule « pilule » de trois de ses adresses et de sa boutique en ligne.

Car la marque italienne a fait l’expérience du « See now, buy now », procédé commercial récent qui fait atterrir la collection en boutique à peine a-t-elle été montrée sur les podiums. Et ces tenues ou accessoires ironiques se sont retrouvés parmi une sélection de revendeurs, notamment aux États-Unis. Sous la pression de consommateurs mécontents, la chaîne Nordstrom a, elle, retiré le 7 octobre les produits de cette collection capsule de trois de ses adresses, ainsi que de la boutique en ligne. Malgré les protestations, Saks Fifth Avenue a laissé la collection en vente.

Si cette polémique montre bien l’ironie permanente qui peut agiter la mode, elle dit aussi la crispation qui peut toucher le débat public nord-américain. La pétition de Randy Anderson n’a été signée que par 4 410 personnes (décompte en date du 25 octobre 2016), mais a quand même eu un impact. En Europe, la collection n’a suscité aucun autre émoi qu’un amusement passager.

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